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Cette fois, le sujet porte sur un des combats importants du 93ème Régiment d'Infanterie: celui du 27 mai 1918 sur le Chemin des Dames.

L'offensive allemande aurait pu coûter la victoire alliée du mois de novembre suivant.

 

Mai 1918, le 93ème Régiment d’Infanterie est positionné sur le Chemin des Dames depuis le mois de septembre 1917. La région est donc bien connue par le Régiment.

Les traces du Régiment sont toujours visibles dans certaines creutes de la région.

 

Ci-dessous, 2 photos que j'ai pu faire il y a quelques années lors de ballades dans la région.

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 Le lundi 27 Mai 1918, le secteur tenu par le 93ème représentait un vaste plateau, limité :

-          au Nord par le canal, le bassin d'alimentation, avec les trois grandes échancrures des ravins de La Royère, des Bovettes et du Bois de Veau.

-          au Sud par l'Aisne,

-          à l'Est par une ligne partant sensiblement du ravin de l'Abordage pour aboutir à Folemprise,

-          à l’Ouest par une ligne partant de l'Est de la ferme de Many pour aboutir à l'Est du Moulin-Saint-Pierre.

 

   

Malmaison_front_avant_23_oct 1917  Région de la Malmaison avant le 23 octobre 1917 (source SHD)

Selon le rapport fait par le Capitaine Delafosse fin mai, le 26 mai 1918 dans la journée, la 21ème DI reçoit du Général commandant le XI CA, l’ordre  préparatoire d’alerte. Cet ordre fait suite à l’interrogatoire de deux prisonniers faits quelques heures plus tôt du côté de Courtecon (aujourd’hui réunie avec la commune de Pancy).

Lorsque fut reçu l’avis d’une attaque possible de l’ennemi sur le secteur de la 21ème DI, la situation du 93ème RI était la suivante:
Le régiment occupait le s/secteur Centre comprenant le centre de résistance de Filain-Pargny
occupé par le Bataillon de Blois (3è) plus une Compagnie du Bataillon Michenon (1ère), la Compagnie Gaucher occupant le PA des Bovettes.
Une Compagnie du Bataillon Michenon est à la disposition du colonel Cdt le s/secteur à la creute du
Panthéon.
La dernière Compagnie du Bataillon Michenon (la 2ème  du Lieutenant Canu) en principe à la creute du Pingouin, avait été dès le 26 répartie comme suit : 1 peloton ligne des Réduits, une section bretelle
d’Hameret, une section avec le Commandant de Compagnie à la creute.
Le Bataillon de Blois avait ses 3 Compagnies en ligne, à savoir:
Compagnie Thomas (11è) P.A. Filain – Compagnie de Lassus (10è) P.A. Pargny – Compagnie Charrier (9è) P.A.
Entre-2-monts.

Les Compagnies de mitrailleuses (CM) des Bataillons De Blois et Michenon étaient toutes entières en
ligne dans les P.A. Filain, Pargny, Entre-2-monts et Bovettes.
PC Bataillon de Blois : creute du Panthéon
PC Bataillon Michenon : creute du Pingouin
PC du Colonel : creute de Chamois
Cet ordre sera bien évidemment  suivi de l’ordre d’alerte et vers 19 heures, toutes les dispositions prévues par le plan de défense sont prises: liaison et veilleurs renforcés, masques au
cou des hommes, rondes, etc…. Dans le souci d’assurer une liaison entre les divers éléments de la ligne des réduits, le Lieutenant-Colonel Lafouge, commandant le Régiment, confie le commandement des éléments de cette ligne au capitaine Gourdier Cdt la C.M.1 qui s’installe au
Panthéon.

Le Bataillon Delafosse (2è) en réserve de C.A. à Sancy est remis à la disposition de la D.I. et reçoit l’ordre d’être à Rouge-Maison sur la commune de Vailly pour le 27, à minuit. Ordre exécuté sans incident, deux Compagnies et C.M.2 à Rouge-Maison – une Compagnie à Vailly dans un baraquement, P.C. à Rouge-Maison.

En résumé, le sous-secteur tenu par le 93ème représentait un vaste rectangle d’une superficie d’environ 24km² avec un effectif, permissionnaires et Train de Combat déduits de 55 officiers, 180 sous-officiers et 1800 soldats, soit une densité de 75 hommes au km².

A la tombée de la nuit, les mouvements ennemis deviennent de plus en plus intenses, notamment afin de réparer les ponts sur le canal de l’Aisne et sur l’Ailette. Les Allemands sont pris à partie par l’Artillerie et les mitrailleuses.

Le 27 mai, à 1 heure, les Allemands déclenchent un formidable barrage d’artillerie à l’aide de plusieurs milliers de canons de tous calibres qui met à mal l’artillerie française, détruit la majorité des postes de première ligne, et le front en général. Malgré tout, celle-ci engage le duel avec un millier de canons et celui-ci ne cessera, selon le rapport, qu’après avoir détruit ses pièces au moment où l’ennemi est sur le point de s’en emparer.

Les Allemands usent de force obus à gaz. 

Les fantassins encaissent le choc du déluge et les pertes sont déjà importantes lorsque, entre 3 et 4 heures du matin, des colonnes de soldats allemands se lancent à l’assaut. Selon le capitaine Delafosse, « le terrain est couvert à perte de vue de petites colonnes par un armées de mitraillettes…. » Les pertes qu’elles subissent ne ralentissent pas la progression. L’assaillant est le Régiment de Chasseurs du Wurtemberg.                                                        Les groupes résistent tant bien que mal à cet assaut, selon les témoignages fait par les pigeons-voyageurs et quelques survivants.                                      En peu de temps, la ligne française est enfoncée, le Chemin des Dames est atteint dès 6h30 et les Allemands arrivent sur les pentes descendant sur l’Aisne en milieu de matinée.

Positionné dans le sous-secteur Centre, le 93ème reçoit le choc dès le début. Au CR Pargny, les défenseurs résistent sans succès car, suite à un trou produit à sa droite, ce groupement est tourné.

Quelques-uns traversent les lignes ennemies et se replient pour former une seconde ligne de résistance.                                                                                                                                                                                      

 

 

1918-05-27 Chemin des Dames

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                           Die Geschichte der Württembergischen Gebirgsschützen“ׅ, Stuttgart 1933

 

Au Panthéon, le Commandant De BLOIS se défend avec 2 Compagnies qui ne rejoindront pas à la fin des combats.

Le front français est largement enfoncé.

Mais les hommes résistent et les actions individuelles sont nombreuses. Le groupe sous les ordres du Lieutenant Gaucher résistent jusqu’au dernier. Selon l’historique, ce dernier renvoie 2 hommes pour évacuer le dossier de secteur et dit aux autres : « Quant à nous, il faut mourir ici et ne pas céder un pouce de terrain. » Celui-ci sera malgré tout capturé et finira au camp d’Osnabruck.

A Condé, le lieutenant Valty ramène un prisonnier et le soldat Bouillaud blessé. Selon l’historique, il aurait été capturé plus tôt dans la matinée, et a réussi à s’échapper et rejoindre les lignes françaises.

En fin de matinée, le capitaine Delafosse tient encore une tête de pont sur l’Aisne à Vailly qui permet d’évacuer derrière la rivière les soldats qui refluent face à l’attaque ennemie.

Les rapports ennemis estiment que l’objectif est atteint malgré de lourdes pertes : 2 officiers et 34 soldats tués, 6 officiers et 130 sous-officiers et soldats blessés.

Les Allemands jaugent le résultat à la capture de plus de 1000 prisonniers, 49 canons, 60 mitrailleuses, 2 réservoirs, 8 voitures et une station de radio.

Dans son rapport, le capitaine DELAFOSSE mentionne, au soir du 27 mai, le manque de 41 officiers et 2107 sous-officiers et hommes de troupe.

L’historique estime qu’il ne reste après rassemblement que 16 officiers, 15 sous-officiers et 142 hommes.

On trouve le nombre avancé en début de récit, de 55 officiers, 180s/s-officiers et 1800 soldats présents le matin du 27 mai, soit une bonne centaine de moins par rapport aux chiffres avancés ci-dessus.

Toujours est-il que ce jour-là, le Régiment a subi une de ces plus lourdes journées de son histoire.

 

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               Zone de Pargny-Filain le 27 mai 1918 au soir. Après recoupement, il pourrait s'agir de soldats du 93ème. Merci à Yann (forum 14-18)

 

Les combats ont fait rage pendant plusieurs jours et le front français a été enfoncé de 20 kms par cette offensive de masse.

  

   Tombe du Commandant Michenon, chef du 1er Bataillon

93 Michenon P-H tombe

                                                                                                                                                                                                                      93 Moreau C-J-G-M tombe

                                                                                                          Tombe de Moreau Clovis tué le 27 mai 1918 et inhumé dans la Nécropole de Vailly (02).

 

Après les combats, les citations ont été nombreuses pour récompenser la bravoure des soldats du Régiment dont voici quelques exemples :

Sous-lieutenant BERTAUD Marcel Charles (21/01/1897-06/03/1923) :

Citation à l’ordre de la 21ème DI n°287 du 02/05/1919. «S’est distingué par une vigoureuse résistance lors de l’attaque du 27 mai 1918 au Chemin des Dames.»                                                                            

 1ère classe BESSONNET Clément Pierre Eugène (22/03/1886-) :

Citation à l’ordre du CA n°379 du 30/06/1918. «Agent de liaison d’une bravoure reconnue. N’a cessé d’assurer la transmission au cours d’une attaque particulièrement violente. A combattu aux côtés de son lieutenant et n’a quitté sa fonction qu’après l’épuisement de ses munitions et la mort de cet officier.»                                                                                                                                                                                

BOUANCHEAU Alfred Édouard (15/09/1884-11/10/1918) :

Citation à l’ordre de la Division n°228 du 16/06/1918. «A fait preuve du plus beau dévouement au cours des récents engagements. A transporté pendant 8 kilomètres en terrain découvert et battu par l’artillerie allemande un camarade blessé.»                                                                                                                                                                                                      

Sous-lieutenant BERLAND Raymond Jean Auguste Ernest (20/09/1897-) :

Citation à l’ordre du Régiment n°22596 du 21/09/1919. «Le 27 mai 1918, a fait courageusement son devoir dans des circonstances difficiles. Dévoué et d’une bravoure reconnue.»                                                           

BERNARD Louis Jean Baptiste (07/09/1889-) :

Médaille militaire par ordre n°1799 du 16/10/1920. « Caporal d’une énergie et d’un courage admirables. A fait à plusieurs reprises l’admiration de ses hommes et de ses chefs, en particulier le 27 mai 1918 en défendant son GC à la grenade contre un ennemi supérieur en nombre. A été blessé dans cette circonstance.»

1ère classe BOUHIER Louis Alexis (19/12/1889-17/05/1936) :

Citation à l’ordre du Régiment n°336 du 07/06/1918. «A pris part à 5 journées de combats particulièrement durs. S’est toujours rallié à des officiers dans des moments critiques que leur unité a passé et a ainsi contribué par son esprit d’abnégation, à l’accomplissement de missions délicates.»   

 

                                                                           Pottier Gaston, soldat de la classe 1907, capturé le 27 mai 1918.

Photo 157

 

Pour ma part, je trouve un état de 1450 pertes (95 morts, 1319 prisonniers, 4 blessés) mais sans avoir pu consulter de fichiers de blessés. 

Vous trouverez le fichier excel de mes recherches.

93_pertes_1918

Les bases de travail sont les listes de Prisonniers de la Gazette des Ardennes, le site de la Croix-Rouge, le site « MémoiredesHommes » ainsi que le SHD où j’ai pu consulter les listes de PG rapatriés au dépôt de La Roche s/ Yon.

Ce fichier n’est pas exhaustif et peut être mis à jour selon les trouvailles.

Toute aide est la bienvenue.

Merci à vous.