Novembre 1914, le 93ème est toujours dans la région d’Ovillers-La Boisselle.

Période pendant laquelle, les Allemands attaquèrent plusieurs fois les positions de l’unité. La première, le 8 Novembre, fut brisée par nos feux, les deux autres, les 18 et 19 Novembre, n'eurent pas plus de succès, bien que plus violentes. Les Allemands, en colonnes serrées; au coude à coude, essayèrent de submerger nos tranchées en profitant de l'obscurité, mais ne purent nous gagner un pouce de terrain.

Relevé fin novembre, le Régiment a droit à sa semaine de repos avant de remonter le 28 dans la région de l’Ancre devant Beaumont-Hamel.

«Au point de vue défensif, l'installation était assez complète, mais l’humidité de l'hiver, la nature du sol sur lequel l'écoulement se faisait mal; transformaient tranchées et boyaux en fondrières qu'il fallait vider chaque jour; et encore le plus souvent sans succès. Le ravitaillement et le matériel étaient pris à Mesnil par des corvées qui les transportaient ensuite à nos lignes, distantes de deux à trois kilomètres du village. Aux tranchées, le service se prenait par période de dix jours alternant avec une période de cinq jours de repos, et encore dans ces cinq journées de repos fallait-il habituellement comprendre, deux journées consacrées aux travaux de l'arrière. L'ennemi manifestait peu d'activité; de temps à autre, bombardements nourris, dangereux à cause de l'insuffisance des abris. L'infanterie tiraillait la nuit, faisant parfois des victimes parmi les hommes de corvée, mais en définitive, aucune opération sérieuse de part-et d'autre. (historique)»

 

cantonnement de Mesnil 8 février 1915

                                            Cantonnement du Mesnil, 8 février 1915 (Pièce Annexe du JMO du 93ème RI)

 L’unité passera la fin de l’année sur ces positions et y restera jusqu’au début du mois de février 1915. Les positions tenues par le 93ème se décalent vers Auchonvillers pendant quelques semaines et, mi-mars, 2 des 3 bataillons partent pour Hébuterne, le 3ème restant devant Beaumont en soutien du 137ème RI.

 Dans ce nouveau secteur, l’organisation y serait bien meilleure que celui du Mesnil, favorisée par le terrain. Les ruines d’Hébuterne permettaient d’installer le soutien dont avaient besoin les soldats du 93ème (cuisines, ..).

Jusqu’au début de juin, le secteur restait calme sans grandes opérations que ce soit de la part des Allemands ou de celle des Français. Seules quelques actions de faible importance gardaient à l’esprit que la guerre était toujours présente.

Cette période reste une de celle où les pertes sont faibles (56 dont 6 morts en l’espace de trois mois).

Mais en avril, débutent des travaux de grande ampleur qui amène le Régiment devant la ferme Toutvent début juin. Ferme puissamment organisée par les Allemands.

 

juin 1915 Toutvent Carte de la ferme Toutvent (SHD)

 

Ordre est donné de s’en emparer, et, l’attaque débute le 7 juin au petit matin.

«L'ordre vint de s'en emparer. L'attaque, minutieusement préparée avec l'appui d'une nombreuse artillerie lourde fut fixée, au 7 juin, 5 heures du matin. Le 93° était échelonné suivant le dispositif ci-après : en tête, le 2° bataillon (chef de bataillon Ravel) formant deux vagues, 1° vague (6° et 7° compagnies), 2° vague (5° et 8° compagnies). Seul, ce bataillon devait atteindre l'objectif, fixé au-delà de la ferme, sur lequel il devait se retrancher immédiatement. Le 1° bataillon (chef de bataillon Senneville) devait occuper les tranchées allemandes conquises et le 3° bataillon (chef de bataillon Chicot) prenait la place des troupes d'assaut dans l’ancienne première ligne française. Devant les tranchées de départ, les lignes adverses étaient rapprochées. En arrière de la ferme Toutvent, une dépression assez profonde isolait cette position de la hauteur sur laquelle est bâti le village de Serre, d'où les Allemands avaient des vues sur l'ensemble de nos lignes. Une préparation intense faite par l'artillerie avait démoli les réseaux de fils de fer et gravement endommagé les tranchées et boyaux des Allemands, si bien que ceux-ci, dans leurs premières lignes, se trouvaient presque coupés de leurs lignes arrières.

Le 7 juin, dès 3 heures, l'artillerie allemande, calme jusque-là, entre en action et écrase nos tranchées de départ garnies de troupes. La violence du bombardement s'accroît. A 4 heures 45, devant les premières lignes allemandes, c’est un véritable tir de barrage. Quelques minutes avant 5 heures, l'intensité diminue. A 5 heures, le 2° bataillon, suivi du 1° se précipite en avant malgré le feu de quelques mitrailleuses non démolies. Inoubliable fut ce départ. Dans une atmosphère de poussière et de fumée, les hommes s'élancent résolument, hardiment, les yeux fixés sur l'objectif, la mâchoire serrée, le corps penché en avant, les mains crispées sur l'arme. Ils s'avancent ainsi sur quatre rangs, alignés comme à la parade, la baïonnette menaçante au milieu des crépitements et des éclatements de toutes sortes. L'ennemi, terré dans ses abris pendant le bombardement, cherche vainement à en sortir, mais nos vagues, poursuivant, leur marche, laissent aux troupes de soutien le soin de faire le nettoyage des tranchées et vont s'établir sur les objectifs assignés qu'elles atteignent en vingt minutes. Les prisonniers affluent. Quelques îlots résistent cependant vigoureusement. Le 1° bataillon, obligé en certains points à un véritable siège, les maîtrise après une lutte meurtrière. Le succès est complet. L'ennemi qui s'attendait à l'attaque n'a pu y parer tant elle a été rapide et vigoureusement menée. Un chef de bataillon allemand, prisonnier, s'adressant à un officier français, ne lui cacha point son admiration : « Je n'ai jamais vu, dit-il, d'assaut mené avec une pareille ardeur. Ces troupes sont certainement les meilleures de l'armée française ». Cependant, les Allemands se ressaisirent. Le village de Serre constituait un observatoire de premier ordre et dès l'après-midi du 7, le 93° éprouvait les inconvénients de son voisinage. L'artillerie allemande opérait une concentration de feux rarement dépassée, d'abord sur nos anciennes positions tenues par le 3° bataillon, puis s'acharnait sur l'espace séparant les anciennes, premières lignes, entre lesquelles les boyaux de jonction n'avaient pu être terminés dans la journée du 7. La nuit du 7 au 8 n'amène pas d'accalmie. Corvées de ravitaillement et de matériel prises sous un barrage continuel ne parviennent plus jusqu'à nos nouvelles positions, sur lesquelles, dès l'aube du 8, se concentre le feu de l'artillerie allemande. Nos hommes du 2° bataillon n'ont comme abris que les trous d'obus et les tranchées hâtivement creusées la veille et approfondies pendant la nuit. La chaleur est accablante et l'eau manque. L’artillerie ennemie s'acharne sur nos nouvelles tranchées qu'elle bouleverse, enterrant hommes, armes et munitions.

Beaucoup de fusils, presque toutes les mitrailleuses sont hors d'usage. Le 8 au soir, les munitions commencent à manquer. La nuit n'amène pas le calme. Comme la veille entre les deux anciennes premières lignes, c'est une véritable zone de mort, où le barrage ne s'interrompt pas. Cependant il faut ravitailler.

Héroïquement, inlassablement, les corvées du 3° bataillon s'efforcent de remplir leur tâche. Bien nombreux sont ceux qui tombent sans avoir pu porter à leurs camarades les munitions et les vivres indispensables. Une corvée de huit hommes, portant des munitions à une section de mitrailleuses, fut anéantie par un tir de barrage. Le 10 au soir, l'artillerie ennemie ralentit son activité et dans la nuit du 10 au 11, le régiment est relevé après des souffrances indicibles. Les pertes, faibles pour l'attaque proprement dite, s'étaient considérablement accrues les jours suivants et se montaient au chiffre de 1 100 environ. (historique Cochin)»

Suite à ces combats, le 93ème Régiment d’Infanterie gagnera sa première citation à l’Ordre de la 2ème Armée en les termes suivants :

 « Le 7 juin 1915, devant la ferme de Toutvent, s'est portée à l'attaque avec un entrain superbe. Grâce à l'héroïsme des officiers et de la troupe, a dépassé avec un brio admirable et d'un, seul élan, deux lignes de tranchées, malgré un barrage terrible d'artillerie. »

Le Lieutenant-Colonel Jahan obtenait la citation suivante: « Chef de corps de beaucoup de valeur, qui, par son action personnelle et sa fermeté, a su former un beau régiment, et, au cours de durs combats; obtenu de très beaux résultats et une tenue magnifique de tous. »

Mitrailleur à la Compagnie de mitrailleuses de la 42ème Brigade, le soldat GRELIER Xavier, mon arrière-grand-père, sera blessé pour la deuxième fois le 11 juin 1915.

S’en suit une période plus calme malgré l’activité de l’artillerie allemande, alternant travaux d’organisation et repos. Mais, le 93ème continuera sans relâche le travail jusqu’à sa relève par les soldats Anglais le 21 juillet.

Mis au repos à l'arrière, le 93ème séjourne au sud d’Amiens dans la région de Breteuil, Choqueux, Mesnil-Conteville jusqu’au 13 août. Il est alors embarqué par voie ferrée pour Vitry-le-François et dirigé sur la Champagne. Par étapes, il rejoint les tranchées entre Mesnil-lès-Hurlus et Beauséjour le 27 août.

Le temps se partage entre séjour en tranchées et repos soit dans les villages démolis de la vallée de la Tourbe, soit dans les bivouacs sous-bois, tels que le bivouac de la Voie-Romaine, poursuivant les aménagements.

Ce « repos » prend fin le 24 septembre lorsque le Régiment monte en ligne pour prendre part à la grande offensive de Champagne.

Les troupes sont exhortées au combat par un joli discours du  Colonel SOUVERAIN, commandant la 42ème Brigade :

« Voici venir le jour où la patrie exige de vous un gros effort. Je sais que vous êtes des cœurs généreux et que vous le donnerez sans marchander, faisant, s’il le faut, le sublime sacrifice. Ce n’est plus le moment de vous épargner.                                                                Plus grand sera votre effort aujourd’hui, et moins peut-être vous aurez à le renouveler plus tard.                                                                                                                                                                                                                        Vous vous êtes acquis, au cours de cette campagne, à Maissin, à Chaumont st Quentin et, plus tard, à Hébuterne, une réputation de troupe de premier ordre. Pour la trouée, on vous met à l’égal des régiments les plus réputés de l’Armée française. Vous chargerez aux côtés du XXème Corps qui s’est illustré sur tous les champs de bataille, à Morhange en Belgique, à Carency, etc… Vous aurez à cœur de montrer que votre réputation n’est pas usurpée et vous justifierez la peine confiance que la Patrie met en vous.                                                                                                                                                                                                                     A vous l’honneur de faire la brèche par où passeront ensuite d’autres Corps.Tâchons, dans un vigoureux élan, sinon de mettre complètement le boche hors de France, du moins lui porter un tel coup que les opérations deviendront ensuite des jeux d’enfants.                                                                                                                                                                                                        Vous l’avez vu, le boche abhorré, se jeter dans la Meuse devant vos baïonnettes, vous renouvellerez cet exploit.                                                                                                                                                                                                                  A vous l’honneur, à vous la Gloire, et puissiez-vous dire plus tard dans vos foyers : « j’étais à la grande bataille de 1915. » Pour Dieu et pour la Patrie. « En avant quand même ! » » (pièce annexe 103bis)

Les objectifs donnés par l’ordre d’engagement sont la partie des bois entre les tranchées nouvelles et les tranchées de la ferme de Ripont à l’Est des ouvrages 8305-8407, ces ouvrages inclus.                                                                                                                                          La droite du Régiment partant de l’extrémité Nord du boyau Béziat, marchera par le fortin de la Croix-593-693-9280-9382-9185-9187-8991-8996-cote164-pointe Sud-Est des bois 185 et lisière Est de ces bois. Un élément en arrière de la droite.                                             Liaison par échelon garde-flanc avec le 20ème CA.                                                                                                                                           La gauche du Régiment débouchant du boyau Huet marchera par 488-189-588-boyau des Saxons inclus-9076-bois carré Nord-Ouest de 791-bois allongé Sud-Nord immédiatement à l’Ouest de 8985-8887-8889-8692-8401-9305-8407.

Le matin du 25 septembre, les vagues d'assaut massées dans les tranchées de première ligne, attendaient l'heure du départ. Bien que les fils de fer allemands n’aient pas été touchés par la préparation d’artillerie, le chef de Bataillon ordonne malgré tout la sortie. L’heure de sortie a été modifiée peu de temps auparavant et le 1er Bataillon, non averti, sort 7 mn avant l’heure. Le 3ème, bien qu’au courant, suit quand même le 1er. Mais le délai de sortie entre les deux bataillons est profitable aux adversaires.                                                                                                                                                                                                 L’assaut tourne à l’hécatombe.  Le Commandant Chicot est tué. Le Lieutenant-Colonel Jahan, le Commandant Ravel qui se trouvait à ses côté, le Lieutenant Pernet, officier téléphoniste, un officier du génie, tombent mortellement frappés par un obus.                                         Le Capitaine Poitou-Duplessy (photo en bas à droite) est, quant à lui, porté disparu, son corps ne sera jamais retrouvé.

93 Poitou-Duplessy E photo

« Pendant un quart d'heure, artillerie et mitrailleuses tirent sans relâche. Des fortins Benoît et de la Croix sortent des contre-attaques qui pénètrent dans nos lignes d'où une poignée d'hommes du 2° bataillon soutenus par nos mitrailleuses, les en chasse. Vers midi, l'artillerie se calme, les survivants sont rassemblés et occupent les tranchées de départ. Du 1° bataillon, il ne reste que quelques hommes avec le chef de bataillon Chatel arrêtés dès le départ par les mitrailleuses allemandes. Du 3°, il ne reste pas 200 hommes. Enfin le 2°, demeuré en réserve, a subi de sérieuses pertes sous le feu de l'artillerie ennemie. Certains éléments du 1° bataillon tiennent encore dans les lignes allemandes. Le sergent Prolat conserve, pendant 24 heures, une tranchée qu'il ne doit abandonner que faute de renfort et peut, à la faveur de là nuit, regagner nos lignes. Les pertes nécessitent une réorganisation immédiate. Le 26 septembre, le régiment revient à la Truie où le chef de bataillon Lafouge, qui vient d'arriver, en prend le commandement. »                                                                                                             L’assaut du 25 a été préjudiciable au 93ème Régiment qui perd près de 1000 hommes ce jour-là.                                                                                                                                      Et la fin du mois de septembre voit encore une centaine d’hommes augmenter les pertes de l’unité.                                                                                                                                   Fin septembre, le Régiment est porté à l’Ouest sur la région du Trapèze. Zone prête à tomber, l’Etat-Major programme une attaque de diversion pour le 6 octobre. A peine remis de la grande offensive du 25 septembre, le 93ème se prépare de nouveau au combat. Les troupes suivantes seront à la disposition de la 42ème Brigade pour mener l’assaut qui doit débuter à 5 heures par l’explosion d’une mine chargée de 27000kgs d’explosifs dans les lignes allemandes :

1 bataillon du 65ème

2 Cies du 93ème (Lt PERRET)

2 Cies du 93ème (Lt TREMANT)

2 Cies du 65ème (Lt GRIMAUD)

2 Cies du 64ème

2 Cies du 137ème (Lt REDIER)

22ème RIT

21ème RIT

Petite particularité pour le jour de l’attaque : afin d’éviter toute confusion, tous les combattants porteront un brassard blanc au bras gauche.

« Le 6 matin, vers 5 heures 15, au moment où les compagnies de tête, terminaient leur mouvement, une petite explosion se fit entendre; il ne sembla pas que ce fut l'explosion attendue. Les compagnies ne partirent, qu'à 5 heures 15 selon l'ordre reçu, franchissant aussi rapidement que possible la distance les séparant de leur point de départ pour l'assaut, puis à un signal donné par l'envol d'une fusée, s'élancèrent dans un nuage de poussière et de fumée, sous un violent bombardement. Le terrain bouleversé ralentissait la vitesse de la marche. Les mitrailleuses allemandes établies au Trapèze et La Courtine s'attendant à notre attaque (20 minutes se sont écoulées depuis l'explosion de la mine) ouvrent un feu croisé et arrêtent l'élan des deux compagnies dont quelques éléments atteignent les tranchées allemandes, mais ne peuvent s'y maintenir. Cette opération nous coûtait, rien que pour les deux compagnies d'assaut : 2 officiers tués, Sous-Lieutenants Monnier et Bourru, 2 blessés, 200 sous-officiers, caporaux et soldats tués, blessés ou disparus. Les débris des 7e et 8e Compagnies furent reportés en réserve dans La Grande-Transversale où la 8e perdit encore 13 hommes sous le feu de l'artillerie ennemie. Pour commander ces deux compagnies, il ne restait plus que des sergents. (historique Cochin)»                                    

Partout, le résultat est un succès : gain de terrain, pertes infligées aux Allemands (100 cadavres et 50 blessés découverts le 8 au Trapèze), butin important…                                                                                                                                                                                               Au fil des jours, les pertes diminuent grâce à la réutilisation des abris allemands et la consolidation du terrain continue malgré  l’action impitoyable de l’artillerie ennemie.

 

 

11 oct 1915 zone du Trapèze

                                                    11 octobre 1915, carte du Trapèze (pièce annexe)

 Les combats dureront jusqu’au 17 octobre, date de la relève par le 137ème RI, après une progression de tous côtés. La période de repos est bienvenue pour ces hommes épuisés qui combattent sans relâche depuis le 25 septembre.

Le repos est bien court car dès le 24, le 3ème Bataillon remonte en ligne en réserve de l’attaque sur la Courtine, suivi le lendemain par le reste du Régiment.

Le 93ème occupait de nouveau les positions des Mamelles et du ravin de la Goutte, secteur de plus en plus soumis aux tirs de barrage et bombardements.

Les 30 et 31, les 2 artilleries laissent libre cours à leurs actions et une attaque allemande sur Tahure et le ravin de la Goutte est enrayée par la nôtre. Le terrain était toujours dans nos mains en cette fin octobre malgré les lourdes pertes.

 

Ci-dessous: les fichiers nominatifs des pertes du 93ème RI de novembre 914 à août 1915.

93_pertes_novembre_14____ao_t_15

93_pertes_septembre_octobre_1915

 

Toute info supplémentaire sera la bienvenue.