Après les douloureux combats de la ferme St Quentin, le 93ème RI, comme toutes les unités françaises, recule en ordre dispersé devant l’ennemi.

Le repli s’effectue par Pont-Faverger, Beine, les Grandes Loges, Aulnay jusqu’à Lenharée où l’unité arrive le 5 septembre au soir.

Le 6, il se regroupe autour de Fère Champenoise qu’il doit tenir coûte que coûte. Les compagnies sont postées de Connantray à Fère. Puis  une partie du Bataillon Jahan se porte sur Ecury-le-repos en soutien du 64ème RI afin de repousser les Allemands. Le combat est bref mais très intense et meurtrier pour les soldats de ce Bataillon.

Malgré l’aide du 293ème RI, la tentative de reprise d’Ecury se solde par un échec faute de soutien d’artillerie.

Le 8 dans la nuit, les Allemands reprennent l’offensive. Un sergent du Régiment rapporte les faits comme suit :

« A 3h45, une colonne très dense que j’évalue à 2 compagnies environ comme force, déboule en trombe du bois qui se trouve près de moi. Cris de « France, Kamerads », bientôt transformés en « Hurrah ». Je déclenche un feu à répétition très nourri. Les Allemands tombent en masse mais la colonne avance toujours. Dans l’espace de 20 secondes, ils sont sur moi et, tournant la gauche de ma tranchée, cernent ma section. Un violent combat à la baïonnette s’engage mais presque tous mes hommes tombent transpercés. Je ne dois mon salut qu’à mon révolver avec lequel, à bout portant, je démolis le soldat allemand qui s’avance sur moi la baïonnette haute ; son coup a dévié, j’en suis quitte pour une égratignure. Il faut sortir de cette tranchée.

A quatre pattes, par-dessus les cadavres, suivi d’une dizaine d’hommes, je réussis à en sortir et me dirige vers l’ennemi, seule issue puisque le chemin en arrière est barré. Le chemin semble libre pour revenir en arrière. Nous gagnons la route que nous trouvons barricadée et garnie de soldats allemands qui sont dans le sens opposé à notre direction. Ne voyant pas d’autre solution, je m’élance et, suivi de mes hommes, nous traversons sans aucune perte cette barrière humaine. Il fait complètement jour. Nous refaisons face en avant, renforcés par une section du Génie désemparée et sans chef. J’en prends le commandement et, à cheval sur la route, en tirailleurs, nous faisons le coup de feu, infligeant de grosses pertes à l’ennemi qui ne dépasse pas la barricade. Electrisés par le son d’un clairon qui joue derrière nous mais au loin nous nous avançons à la baïonnette, mais ne pouvons aller bien loin car la mitraille fauche une grande partie de nos hommes. Je reçois une balle qui me traverse le lobe de l’oreille gauche et désorienté, sentant que je fais un sacrifice inutile puisqu’aucun renfort n’arrive, j’ordonne de battre en retraite. C’est malheureusement la fuite précipitée dans laquelle beaucoup d’hommes tombent encore.

Je fais encore 400 mètres en arrière sans rencontrer un seul élément constitué. J’arrive près de la Compagnie Hors Rang et rendant compte au porte-drapeau de la situation, lui dis de se replier. Le mouvement se fait malheureusement en désordre.

Beaucoup tombent. Le drapeau passé de mains en mains est cependant sauvé. Les balles crépitent de tous côtés. Il semble qu’on est cerné. Quelques centaines de mètres plus loin, je rencontre le Colonel blessé qui me donne l’ordre de rassembler les éléments épars du Régiment et de me reporter en avant, puis changeant soudain d’idée, voyant probablement que je n’avais pas assez d’hommes en main (à peine une demi-compagnie), me dit de me replier. C’est alors la débandade, la tourmente.

Rencontrant quelques instants plus tard le Capitaine DUVEAU (il doit être 8h environ), nous marchons côte à côte, nous demandant ce que nous devions faire, nous apercevons beaucoup d’hommes sur notre passage, nous suivent et en arrivant sur la route de Fère-Champenoise à Connantray. »

Cerné de toutes parts, le Drapeau du 93ème RI est malgré tout sauvé. Malheureusement, son chef, le Colonel HETET succombera des blessures causées par les balles ennemies.

Le 9, le 93ème RI se rassemble entre Connantre et Corroya afin d’être reformé.

 

Mais le but est atteint : les Allemands ont été stoppés sur la Marne et commencent leur retraite.

Et, dès le 10, le 93ème RI reprend l’offensive et court à la poursuite de l’ennemi via Lenharée jusqu’à Châlons sur Marne et Mourmelon.

Le décompte des victimes est impressionnant. Plus de 800 soldats du Régiment tomberont sous l’assaut allemand dont environ 200 ne se relèveront jamais.

93_pertes_1914_09_F_re_Champenoise

 

                                                                                                                                                                 Tombe du colonel Hétet à Fère Champenoise (51)

93 Hetet A-G tombe

La plupart des soldats tombés lors de cette bataille seront inhumés sur place. Les corps seront relevés en avril 1916 par la IVème Armée puis regroupés dans les cimetières militaires autour de Fère Champenoise.

93_293_Registre_bataille_de_la_Marne_Pierrefitte_14_04_14

Ce dernier listing a été tiré des relevés faits par la IVème Armée et donne une topo des combats du 93ème ainsi que du 293ème RI.