La première semaine de janvier 1918, le 93ème RI est toujours en ligne. Le 7, il part en repos après avoir appris la veille que le port de la fourragère aux couleurs de la Croix de guerre lui était accordé.

Elle fait suite aux 2 citations à l’ordre de l’Armée reçues à Toutvent le 7 juin 1915 et à Cerny le 5 mai 1917.

Après une semaine de repos, l’unité repart au front dans le secteur de Chavignon – Pargny avec 2 bataillons en ligne, le troisième en réserve dans les carrières du Pingouin et du Projecteur.

066 Les soldats laissent traces de leur passage sur les parois des creutes.

 La température devient plus clémente mais avec elle, la pluie revient et transforme le terrain en bourbier qui usent les hommes jusqu’à la relève de fin janvier.

Début février, le Régiment prend des positions légèrement décalées sur sa droite (la Royère – Filain - Pargny).  Les hommes côtoient les renforts américains des 101 et 102 Régiments US jusqu’à relève complète par ceux-ci courant mars. Puis les unités se succèdent jusqu’au 27 mai.

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Les Américains ne sont pas sans reste non plus avec les graffitis sur les parois et certains font penser à d'autres soldats d'une guerre plus récente (un certain soldat Ryan d'une 101ème..)

 

En avril, avec le retour des beaux jours, l’activité reprend de plus belle.

Une des actions les plus marquantes est celle du 28 avril.

« Le 28 Avril à 4 heures 30, des éléments de la 8e Compagnie commandés par le Lieutenant Leprêtre, auxquels étaient adjoints quelques gradés et soldats des 2e, 3e et 10e connaissant particulièrement bien le terrain, exécutèrent un coup de main sur le groupe de maisons du Moulinet, situé à l'extrémité Ouest du bassin d'alimentation du canal de l'Oise à l'Aisne. Un petit détachement du génie prêtait son concours pour le passage du canal et de l'Ailette. L'opération très délicate. les postes ennemis étant tout près de la rivière; réussit parfaitement et permit de ramener 2 prisonniers.

Le poste de Moulinet avait été évacué par l'ennemi deux ou trois jours avant l'activité de nos patrouilles lui ayant fait craindre, à juste titre d'ailleurs, un coup de main.

Au cours de cette opération le Sous-Lieutenant Mundler qui dirigeait le groupe d'attaque du Moulinet fut grièvement blessé et dut subir l'amputation du bras. Le Sous-Lieutenant Mundler reçut à cette occasion la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur, récompense de l'audace et de l'entrain avec lesquels il avait dirigé son groupe. »

Courant mai, l’artillerie allemande se calme mais de nombreux signes d’activité sont entendus.

Le Régiment passe en alerte le 26.

Et dans la nuit suivante,  l’ennemi manifeste un tir de barrage d’une intensité « rarement vue ».

La lutte est ensuite très importante, l’ennemi s’infiltrant partout. Malgré de nombreux actes de bravoure, les hommes du 93ème perdent pied peu à peu devant l’assaut allemand. De rares survivants parviennent à rejoindre les lignes arrières.

En fin de journée du 27 mai, le Régiment regroupe 16 officiers, 15 sous-officiers et 142 hommes de troupe. Manqua à l’appel notamment l’arrière grand-père de ma femme capturé avec nombre de copains.

Toute la Division a souffert de cette action allemande croulant sous les effectifs adverses.

Malgré près de 90% de pertes, le 93ème reste au front jusqu’au 1er juin. Puis, il retourne se reconstituer à l’arrière.

Mi-juin, muni de renforts de la classe 1918, le Régiment change de secteur et part vers les Vosges, sur les hauteurs du Violu. Après plus de deux mois de combats en montagne, permettant d’aguerrir tous les « bleus »,  le 93ème redescend vers la Champagne. Il gagne la région de Suippes fin septembre. Juste à temps pour participer à l’offensive de la seconde bataille de Champagne.

Les combats se poursuivent durant cinq jours puis l’unité, après encore de nombreuses pertes retourne en repos.

A l’issue, le front ayant reculé, toute l’unité prend part aux derniers combats dans les Ardennes. Les soldats suivent les Allemands qui retraitent. Le 11 novembre arrête les troupes de l’autre côté de la Meuse qu’elles avaient réussi à traverser malgré la résistance ennemie.

Comme toujours, le 93ème RI était à la hauteur des espérances.

Le Général commandant la 61e Division d'infanterie le reconnut par la lettre suivante qu'il adressa, le 11 Novembre, au Général commandant la 21e Division d'infanterie.

« Un détachement de la 21e Division d'Infanterie a été placé sous mes ordres durant les journées des 8. 9, 10 et 11 Novembre 1918. Ce détachement, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Berducou commandant le 93e, comprenait:

Le 93e Régiment d'Infanterie.

Le 11/51e Régiment d'Artillerie de Campagne.

Le 3e Escadron du 2e Chasseurs.

Je tiens à vous dire toute la satisfaction que m'ont donné ces brillantes troupes. Je donne une mention spécial au 93e Régiment d'Infanterie, qui a été très mordant dans la poursuite et très vigoureux dans la l’attaque, en particulier le 1er Bataillon sont les ordres du Commandant Beucler.

Signé : Blondin. »

En 1918, le Régiment termine la guerre avec un drapeau bien rempli (Champagne 1915 – Aisne 1917 – Somme-Py 1918) et une croix de guerre à sa cravate.

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